LE WOU WEI

CHAPITRE 6

La doctrine du Wou-wei

Wou-wei est un terme chinois qui lui aussi défie toute traduction exacte. C’est pourquoi on le laisse généralement intraduit. Toutefois il en est ressortit l’idée de doctrine du non-agir de la non-action, que seuls certains esprits superficiels confondent avec le laisser faire et l’indifférence. Or, le taoïsme ne prêche pas l’insouciance mais l’engagement total des êtres dans la vie. Si donc nous avions a traduire le terme de wou-wei, sans doute des mots comme « non-ingérence » ou « lâcher-prise » seraient les plus adéquats. Dans son expression la plus simple, wou-wei c’est la politique du naturel, du respect de la vie, de la largeur d’esprit par quoi on évite les frictions et leurs suites inévitables. C’est aussi la doctrine du détachement, de la tolérance intuitive, de la souplesse, en l’occurrence du moi, de l’ego, puisque c’est lui qui provoque l’égo-ïsme et la dissension.

Notre mode d’action est habituellement basé sur l’activité incessante et souvent fiévreuse du mental qui se complaît dans les désirs, les rêveries et les ressassements stériles des problèmes créés par les préoccupations de l’ego.

L’action issue du wou-wei ne s’entoure ni de buts ni de mobiles. Elle « se déroule autour d’un centre immobile », autrement dit elle est en conformité avec le Tao.
L’attitude du sage dénote qu’il accepte avec calme et détachement les vicissitudes de la vie ici-bas.
Pour agir, il attendra le moment approprié ; jamais il ne forcera l’issue d’aucune situation. Il la laissera arriver en son temps, conformément aux lois naturelles. Cette attitude est empreinte de gaieté, d’émerveillement et d’amusement devant l’infinie variété des ressources de la vie. Il faut aussi compter que l’auteur d’un mode d’action erroné bien souvent fait rebondir les méfaits de celui-ci sur son entourage. Ainsi, en les incitant à agir de façon inappropriée ou en interférent dans leur conduite par des propositions issues de sa vanité ; cette vanité qui lui assure qu’il sait, et qu’il peut appliquer ce savoir pour diriger les autres.

Pour atteindre à wou-wei, il faut aussi  renoncer aux « faux dieux » de la sécurité. Tous les sages s’accordent pour dire que la recherche de la sécurité est tout à fait insensée. Dans la vie tout est dynamisme, souplesse et changement, seule la mort est statique et rigide. Le souci du lendemain, avec ses problèmes imaginaires qui ne se présenterons peut être jamais, laisse s’échapper le présent sans qu ’on le vive. Or, pour paradoxal que cela paraisse, l’abandon même du désir de sécurité, l’acceptation de la pauvreté spirituelle qui est vacuité, le retour au centre toujours immobile, sont à même de donner la seule sécurité qui ait jamais existé.

Wou-wei, ce n’est pas la fin de toute action mais la cessation de toute action motivée, autrement dit des actes tributaires du désir et de l’attachement aux désirs des sens.

Wou-wei exige un esprit ouvert et pur, capable de se diriger instantanément dans n’importe quelle direction et de faire fa ce à n’importe quelle situation. De nos jours, l’humanité tout entière est conditionnée dans sa pensée par les croyances, les idéologies et le culte du savoir vérifiable, de sorte que la spontanéité est devenue pour elle une notion presque étrangère. Cependant Wou-wei ne doit pas non plus devenir une valeur, sinon il cesse d’être ainsi.

Lin-Yu-tang définit le non-agir en ces termes : « C’est l’art de maîtriser les circonstances sans leur opposer de résistance ; le principe d’esquiver une force qui vient sur vous de sorte qu’elle ne puisse vous atteindre. Ainsi, celui qui connaît les lois de la vie jamais ne s’oppose aux événements… il en change le cours par son acceptation, par l’intégration, jamais le refus. Il accepte toutes choses jusqu’à ce que, les ayant assimilées toutes, il parvienne à la maîtrise parfaite. »

Vide, paix, contentement, apathie, silence, vue globale, non-intervention, voilà la formule du Ciel et de la Terre, le secret du Tao et de sa vertu.

Wou-wei  implique, à l’évidence, la non-résistance et la non-violence. La violence dénote un manque de maturité ; aucun être qui s’y livre ne peut prétendre à être civilisé. Et, invariablement, elle prouve un manque de maîtrise de soi et de respect humain. La violence n’est jamais constructive.
La non-violence, par contre, ne doit en aucun cas être assimilée à une marque de faiblesse ou de lâcheté. De ce fait, elle exige des adeptes de la retenu, le courage et l’intelligence nécessaires pour vaincre cette tendance primaire qui est de recourir à la violence.
C’est aussi par là que, les arts martiaux son intimement liés au Tao. Ils sont le support qui va permettre au corps d’avoir un certains contrôle sur l’esprit.

Epilogue >>

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