LES MOTS-CONCEPTS

selon J et F Fradin

- morale (règle définie par les autres, qui fonde le jugement de valeur et le sentiment de culpabilité) ;

- religion (pratiques très utiles qui reposent sur des croyances dépassées);

- mort (étonnante lumière qui éclaire la vie, et qu’on a pourtant beaucoup de difficulté à aimer);

- Dieu (magnifique invention conceptuelle encore très intéressante de nos jours si nous savons la faire évoluer);

- courage (il y a tellement à en dire que Jean-Louis Servan-Schreiber lui a consacré un livre entier!);

- honnêteté (c’est quand on me dit tout ce que j’ai envie d’entendre – concept très féminin);

- honneur (concept très masculin, voire « macho », donc un brin désuet);

- volonté (comme le courage, force aveugle à laquelle il convient de donner de l’intelligence);

- liberté (c’est une sensation, tout comme le bonheur, et qui se travaille de la même façon);

- naturel (concept obsolète, il ne recouvre plus aucune réalité scientifique ni philosophique);

- sexe (une cerise sur le gâteau de la vie, un remède aux difficultés de communication, un concept « fourre-tout » pour ranger nos désirs et nos frustrations, nos fantasmes et nos blocages);

- spontanéité (expression non réfléchie, donc libre de toute volonté manipulatoire et de toute hypocrisie, mais également expression réflexe donc conditionnée, donc impersonnelle; encensée à tort, comme le « naturel »);

- conscience (souvent utilisée, comme la morale ou l’éthique, pour culpabiliser les pauvres gens; exemple:

conscience professionnelle. Représente pour moi la par­tie émergée de l’iceberg de la pensée, tant limbique que néocorticale, et aussi la puissance arbitrale entre les

deux cerveaux; incarne également la partie transcen­dantale de l’être humain, la partie qui ne meurt pas, l’« âme »…)

- justice (une part de vengeance, la loi du Talion, une part de protection, la prison, une part d’intimidation, la peur du gendarme… La part de vengeance devrait se réduire au profit de la prévention grâce à la connaissance du fonctionnement du cerveau);

- sagesse (concentré de valeurs négatives: la souffrance [la dent de sagesse est surtout celle qui fait souffrir]; l’ennui [les vieux sages sont des raseurs et les jeunes des pédants] ; la tristesse [« sois sage » signifie « arrête de t'amuser », « l'âge de raison » c'est l'âge où on doit commencer à avoir des soucis, à travailler]… Il y a un gros travail à faire pour réconcilier le sens premier, la connaissance, avec la joie de vivre et le bonheur sur terre);

- vieillesse ou vieillissement (la clé du bonheur Si on parvient à dépasser ses peurs);

- vulgarité (franchissement par les autres, les « vul­gaires », de ses propres interdits, de ses « hypos »);

- fidélité (besoin de sécurité grégaire ou engagement magnifique?);

- bêtise jugement limbique destiné à se rassurer sur sa propre consistance; témoigne de ses propres peurs; jamais pertinent; désigne également la pensée « bête », la pensée animale, c’est-à-dire la pensée limbique);

- science (devrait désigner une certaine curiosité de la vie, une éthique de la connaissance et les méthodes permettant d’accéder à la connaissance; malheureusement, il y a souvent confusion entre science et techno­logie, entre scientifiques et spécialistes);

- hasard (désigne ce que l’ensemble des lois physi­ques ne comprennent pas encore; domaine de prédilec­tion de la superstition);

- effort (désigne l’énergie qu’il faut dépenser pour faire des choses que l’on n’a pas envie de faire; inversement proportionnelle à la motivation; instrument pri­vilégié de la culture judéo-chrétienne; comme le cou­rage et la volonté, permet le dressage et incite au sentiment de culpabilité);

- certitude (besoin excessif de sécurité qui signe l’existence d’une anxiété latente; concept inutile à l’intelligence et à la science qui savent construire sur le doute);

- réalité (découle soit d’une sensation physique : voir, entendre, goûter, sentir, toucher; soit d’une sensation mentale essentiellement limbique: ce qui existe, ce qui est vrai ; dans tous les cas, il s’agit d’un sentiment, d’une sensation, d’un désir qu’il existe un référentiel intangi­ble; mais tout porte à croire que ce n’est pas le cas; difficile pour l’entendement de concevoir un monde sans réalité);

- vérité (référence absolue, révélation magique qui masque en fait la fragilité et la peur ; encore utilisée pour la manipulation et le conditionnement des masses);

- intelligence (trop souvent réduite à la seule capacité de résoudre des problèmes de robinet, comme dans le quotient intellectuel, produit de l’angoisse populaire [suis-je intelligent?] ; s’oppose effectivement à la bêtise comme le néocortex peut s’opposer parfois au cerveau limbique, au fonctionnement automatique; chacun est doté d’une même capacité d’intelligence et de bêtise, mais le recours spécifique à l’une ou à l’autre est variable en fonction de la culture et de l’éducation);

- passion (produit d’une attirance et d’une urgence, association du normal et du pathologique ; laisser tomber l’urgence permet de mieux ressentir et de vivre l’atti­rance, sans souffrance);

- culpabilité (s’interroger sur l’origine de la faute per­met d’éviter de se poser les « bonnes » questions sur la conduite à tenir ici et maintenant);

- temps (trop souvent associé à une quantification:

« quelle heure est-il ? », « combien de temps me reste-t-il ? », « j’ai perdu trop de temps »; peut devenir une des grandes aventures scientifiques et philosophiques du siècle à venir: en découvrir l’élasticité, essayer de vivre l’instant pour avoir un goût de l’éternité, oublier le temps pour mieux vivre sa vie).

Ce ne sont que des exemples, et chacun doit créer sa propre liste des mots ou des concepts qui font partie de son champ de références, de sa culture. Mais attention, donner une feuille blanche à son intelligence, lui prêter un stylo et lui demander d’exprimer son point de vue, c’est aussi s’exposer à rencontrer de fortes résistances limbiques, sous forme de commentaires:

- « ça ne sert à rien »;

- « je n’ai pas le temps »;

- « je n’ai pas la compétence nécessaire », et d’autres encore. Il faut alors prendre le temps d’exa­miner ces commentaires, de leur apporter des réponses néocorticales qu’il est bon de noter pour pouvoir les ressortir en cas de besoin.

C’est la néocorticalisation de la pensée !

Voici 3 tableaux issus du même livre  et
qui résume bien l’essentiel de ce qu’il faut au moins connaître
du fonctionnement de notre cerveau.

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